jeudi 10 août 2017

La pape de Rome est-il l'Antichrist?

Introduction

Comme je l'ai rappelé dans "De l’Église Catholique et des Sectes", les Réformateurs Protestants (et avant eux, des docteurs, comme Jean Hus), ont massivement, et (à ma connaissance) unanimement identifié la papauté de Rome avec le règne de l'Antichrist annoncé dans les Écritures.
Même la Confession de La Rochelle a un temps été amendée pour affirmer cette identité (synode de Gap, en 1603).

Néanmoins, certaines personnes mettent en doute la légitimité de cette assimilation. Et si ces personnes sont généralement motivées par une sympathie plus ou moins déclarée pour Rome, il n'en est pas toujours ainsi. 


Objections

Trois grands arguments sont avancés contre cette interprétation Pape = Antichrist:

1) Selon les termes de Paul (2Thessaloniciens 2) l'Antichrist annoncé devrait être un individu, et non pas une charge ou une institution. La papauté ne peut donc pas être l'antichrist.

2) Cet homme semble devoir être un leader politique (Apocalypse 13). Or le pape est un leader religieux.

3) L'impiété de l'Antichrist semble devoir être de type athée (selon le sens que l'on donne communément aujourd'hui à ce mot), ou laïciste. Une impiété grossière, semblable à celle de Caligula (cf. 2Thess 2: 4 // Daniel 11: 36). Or, les papes maintiennent une doctrine non-matérialiste, et vaguement chrétienne.



Réponses
 

Il n'est pas difficile de répondre à ces objections:

1) On dit parfois, improprement, que "la papauté est l'Antichrist". Cela veut dire surtout que la papauté est le nid, le cadre institutionnel, le règne de l'Antichrist. Mais en réalité, c'est le pape qui est l'Antichrist.
Car ce n'est pas "la papauté", entendue comme une simple charge impersonnelle, qui est présentée comme le fondement de l’Église; ce n'est pas "la papauté" qui promulgue de nouveaux dogmes; ce n'est pas à "la papauté" qui exige notre obéissance.
C'est le pape.
Le pontife de Rome.
Ainsi, selon le catéchisme de Rome (§882): "Le Pape, évêque de Rome et successeur de S. Pierre, " est principe perpétuel et visible et fondement de l’unité qui lie entre eux soit les évêques, soit la multitude des fidèles " (LG 23). " En effet, le Pontife romain a sur l’Église, en vertu de sa charge de Vicaire du Christ et de Pasteur de toute l’Église, un pouvoir plénier, suprême et universel qu’il peut toujours librement exercer " (LG 22 ; cf. CD 2 ; 9)"
L'idée papale est bien de dire que la personne de Pierre a été chef de l’Église, et que la personne qui lui succède est, ici et maintenant, pleinement Pierre et que cette personne-là est, donc, chef de l’Église.
Est-il donc illégitime de considérer "le Pape" comme l'homme de péché? Je ne crois pas.

2) Le pape EST un chef d’État (le Vatican), et exerce de facto des fonctions politiques, voire sur la scène internationale. S'il est vrai que, depuis le conciliabule Vatican II, ses prétentions politiques ont été revues à la baisse (mais les intégristes n'y voient qu'une parenthèse à refermer au plus vite), le pape a bel et bien revendiqué les pleins pouvoirs sur la terre. Ainsi, au Moyen äge, la bulle Unam Sactam de Boniface VIII (voir aussi, plus récemment: Vehementer Nos, de Pie X, et d'autres textes semblables).
Si l'on veut connaître l'esprit de la papauté, il convient de consulter le texte (officieux) qui résume ses prétentions, qu'elles soient ouvertement affirmées ou secrètement couvées. Il s'agit du Dictatus Papae:


 Seul, il peut user des insignes impériaux
Que tous les princes baisent les pieds du seul pape.
(...)
 Son nom est unique dans le monde.
 Il lui est permis de déposer les empereurs.

 C'est cela, l'âme du projet papal! C'est toujours de cela dont il a été question!


3) Quelle impiété reproche-t-on au pape de Rome? Selon les époques, on a pu reprocher à la personne du pape d'être tombée, purement et simplement, dans le bestialisme.
Mais ces péchés restent "accidentels" ou en tout cas, ne sont pas le cœur du sujet. L'impiété et le blasphème du pape résident dans ce qui fait le cœur, l'essence de son pouvoir: sa prétention dogmatique à être la pierre sur laquelle est fondée l’Église (Matthieu 16: 18).
Quelle est cette pierre, en effet?
L'interprétation orthodoxe, que l'on trouve massivement chez les pères, veut que cette pierre soit, non pas la personne de l'Apôtre Pierre, mais la confession de foi de cet Apôtre. La confession relative à la divinité de Jésus-Christ. In fine, la pierre sur laquelle est fondée l’Église est donc Jésus-Christ, ainsi que nous oblige à le conclure l'ensemble de l’Écriture (cf 1Corinthiens 3: 11).
Jésus-Christ, notre Seigneur et Dieu!
Mais l'interprétation papale est que cette pierre est... l'Apôtre Pierre. Ou plutôt: était; car, concrètement, depuis bien longtemps, il n'y a plus d'Apôtre Pierre: il n'y a que son prétendu successeur, le pape de Rome!
Comme par hasard, Pierre n'a jamais revendiqué ce passage (Matthieu 16: 18) pour asseoir son autorité (cf 1Pierre 5). Seul son prétendu successeur, le pape, le fait (concile Vatican I: Pastor Aeternus).
La pierre sur laquelle est fondée l’Église, selon les Apôtres, est le Seigneur Jésus, Dieu fait homme.
La pierre sur laquelle est fondée l’Église, selon le pape, c'est en définitive lui-même (et lui seul).
Qui ne voit pas ici un homme siéger en lieu et place de Dieu?
Surtout, le pape profite de son siège pour anathématiser le saint Évangile du Salut, la Parole de Dieu!
Qui ne voit pas, ici, un homme s'élever au-dessus même de Dieu?



Conclusion

Il est vrai que l'identification du pape de Rome comme l'Antichrist n'est pas un dogme. Néanmoins, est-il prudent d'en rejeter ou d'en relativiser l'affirmation?
Faut-il attendre plutôt un grotesque dictateur matérialiste et athée?
Une chose mérite d'être notée ici: Paul dit que l'Antichrist (qu'il nomme: le fils de perdition) doit siéger dans le temple de Dieu. Le temple de Dieu, nous dit l’Écriture, n'est autre que l’Église Chrétienne.
Sans doute ce réprouvé ne peut-il pas être de l’Église au sens de la communion invisible des élus. Mais il y a un sens dans lequel il peut être considéré dans l’Église: c'est que, comme Judas Iscariot (que Jésus nomme "le fils de perdition"), il fasse partie de la communauté visible des baptisés et trahisse le Seigneur pour lui préférer l'empire de ce monde.
Que, quel que soit, par ailleurs, son comportement personnel, il se présente et se revendique comme un Chrétien, et même comme un Apôtre. Voire, comme le chef des Apôtres et la pierre sur laquelle est fondée l'Eglise.

 Bucerian








mardi 25 juillet 2017

Pertinence de l'orthodoxie aujourd'hui


"Hors de l’Église, point de salut".

Loin d'être une triste erreur de st Cyprien, reprise par Rome, cette affirmation est conforme à ce que nous enseigne le Seigneur. C'est du giron de l’Église en effet que nous invoquons Dieu, lui disant: Notre Père qui est aux cieux, etc. Pour cette raison, Calvin n'hésite pas à faire sienne cette formule, dans son Institution de la Religion Chrétienne.
Or, le chrétien se plaît naturellement à vivre dans la présence réelle de ses frères, dans une assemblée locale -- assemblée en laquelle la communion verticale (avec Christ) et horizontale (avec les frères) est manifestée, dans le sacrement eucharistique (1 Corinthiens 10. 16-17).

"Nous croyons donc que nul ne doit se tenir à l'écart et se contenter de sa personne, mais que tous les fidèles doivent, ensemble, maintenir et garder l'unité de L’Église (...) et cela, partout où Dieu aura établi un ordre ecclésiastique véritable (...)" et que "tous ceux qui ne se soumettent pas à cet ordre ou s'en affranchissent pour faire bande à part contreviennent à l'ordonnance de Dieu" (Confession de La Rochelle, article 26).

Toutefois, quel intérêt y aurait-il à se joindre à des groupes qui ne prêchent pas fidèlement l’Évangile du Salut? Des groupes qui font des Sacrements (qui sont comme les liens des assemblées publiques) un instrument de divisions? Des groupes qui, non contents de ne pas se mettre en peine de se soumettre à la Parole de Dieu, institutionnalisent son rejet?...
La question se pose avec un intérêt certain, de nos jours, d'autant que les responsables de certaines dénominations "protestantes" se présentent volontiers comme "évangéliques libéraux" ou "libéraux évangéliques", comme si cet oxymore était devenu une évidence dans leur cercle d'initiés!
Il faut dire que dans ces groupes, même ceux qui se présentent comme les plus fervents évangéliques, ceux qui attestent leur désaveu des derniers aboutissements du libéralisme, soutiennent volontiers que le libéralisme est en soi quelque chose de tout à fait positif (sic)

Se bornerait-on à fréquenter un établissement dont le patron affirmerait servir "de l'eau avec de l'arsenic", ou "de l'arsenic avec de l'eau" et dont les employés les plus sains d'esprit (ou les moins tordus?) considéreraient que, malgré leur désaccord avec l'administration de doses létales en une fois,  la consommation d'arsenic (pourvu que la mort ne survienne qu'à la dixième prise) reste fondamentalement positive?...

Or, physique ou spirituel, du poison reste du poison. Y serait-on immunisé (mais l'est-on jamais suffisamment?) on resterait coupable en donnant (à d'autres) l'exemple de fréquenter publiquement ces centres d'empoisonnement collectifs, de les soutenir et les créditer, moralement et financièrement.

C'est donc avec le plus grand zèle qu'il nous faut poursuivre le témoignage pour l’Évangile, et répéter le modèle d'orthodoxie encore nécessaire aujourd'hui.
Il serait facile, certes, de rester dans des temples ayant pignon sur rue, de faire "comme toujours" (et surtout: comme tout le monde!) et se persuader, en prime, qu'il y a quelque chose de profondément spirituel et charitable dans ce formalisme opiniâtre.
Mais ce serait oublier qu'un chrétien est un fidèle; pas un suiveur. Et s'il n'est pas un perfectionniste, le croyant est encore moins adepte de la permissivité. 

Bucerian




dimanche 23 juillet 2017

A propos de sectarisme...






Petite piqûre de rappel contre le "dénominationalisme", particulièrement utile à notre temps...

"En premier lieu, je vous prie de vouloir laisser de côté mon nom et de ne pas vous appeler luthériens, mais chrétiens. Qu'est-ce que Luther? Ma doctrine ne vient pas de moi. Moi, je n'ai été crucifié pour personne. St Paul ne voulait point que l'on s'appelât pauliens, ni pétriens, mais chrétiens. Comment donc me conviendrait-il, à moi, misérable sac à vermine et à ordure, de donner mon nom aux enfants du Christ?
Cessez, chers amis, de prendre ces noms de partis. Détruisons-les et appelons-nous chrétiens, d'après le nom de celui de qui vient notre doctrine.
Il est juste que les papistes portent un nom de parti, parce qu'ils ne se contentent pas de la doctrine et du nom de Jésus-Christ; ils veulent être en outre papistes. Eh bien! qu'ils appartiennent au pape qui est leur maître. Moi, je ne suis ni ne veux être le maître de personne. Je tiens avec les miens pour la seule et commune doctrine du Christ qui est notre unique maître" (Luther, Werke, II, p. 4).


Bucerian

mercredi 19 juillet 2017

Déclaration conjointe sur la Justification

Introduction:

Après le Conseil Méthodiste Mondial (en 2006) c'est la Communion Mondiale d’Églises Réformées (CMER) qui a ratifié la "Déclaration conjointe sur la doctrine de la justification" - initialement signée par la Fédération Luthérienne Mondiale et le Vatican, en 1999.
Ce document est généralement présenté comme une pièce majeure du dispositif œcuménique.  A titre d'exemple, après la signature par la CMER, le journal La Croix a publié un article intitulé: "Œcuménisme, les Réformés mettent fin à 500 ans de contentieux".

Est-ce vrai?
Et si ce document profite à l'unité des hommes, peut-on en dire autant pour ce qui concerne la vérité divine?

1. La vérité chrétienne

Avant d'apporter une réponse à cette interrogation, il faut avant tout souligner le fait que le contenu de la foi chrétienne n'est pas quelque chose que l’Église devrait découvrir (et encore moins: construire!) au cours d'un long processus historique.
La foi a été transmise aux saints une fois pour toutes (Jude 3).

Par conséquent, le contenu du Symbole, ou Credo (qui est le résumé officiel de la foi chrétienne) est aussi certainement vrai que définitif. On peut et doit donc dire, avec Tertullien que la foi chrétienne, comme contenu, ou doctrine, est irréformable (Tertullien, Traité des Vierges, chapitre 1).

Or, la doctrine de la Justification par la foi est un article de cette foi.
A ce titre, cette doctrine a sans doute été "redécouverte" par nombre de chrétiens (à titre personnel) au cours du temps, notamment au XVIe siècle. Mais l’Église, en tant que telle, n'a jamais enseigné autre chose que cet article; aussi n'a-t-elle fait que rappeler ou réaffirmer, au XVIe siècle, cette foi de  toujours:

"... ce n'est pas par nous-mêmes que nous sommes justifiés, ni par notre sagesse, ni par notre intelligence, ni par notre piété, ni par les œuvres que nous avons pratiquées en toute sainteté de cœur, mais par la foi; car c'est par la foi qu'ont été justifiés tous les hommes depuis le commencement, par le Dieu tout-puissant, à qui soit la gloire au siècle des siècles. Amen".
Clément de Rome, (1 Corinthiens 32. 3)


2. Importance de la doctrine de la justification

Non seulement le dogme de la Justification est un article de la foi, mais il en est même le cœur, "le principal article", écrivait Calvin (Institution de la Religion Chrétienne, III, xi, 1).
Pourquoi?
Parce qu'il est absolument nécessaire que les croyants sachent où trouver la paix de leur âme, et qu'ils glorifient le Christ en confessant qu'il est, Lui et Lui seul, ce ferme rocher.
L'Apologie de la Confession d'Augsbourg (dont une bonne partie du texte est consacrée à la question de la Justification!) explique que "l'objet de cette discussion est une grande chose: il s'agit de l'honneur du Christ; et il s'agit de savoir d'où les hommes de bon sens tirent un sûr et ferme réconfort, si c'est en Christ ou dans nos œuvres que nous devons mettre notre confiance".
Luther a ainsi écrit que "sur cet article, aucun écart ou concession n'est possible, le ciel et la terre, ou tout ce qui est périssable dussent-ils crouler" (Articles de Smalkalde, II, 1).

Le message (tant de fois présenté, confessé et défendu!) de la Justification par la foi est donc ce qu'il faut professer dans toute sa pureté, avec clarté, pour le Salut éternel des âmes.
Le Christ, Roi, Prêtre et Prophète suprême de l'Humanité, y a veillé, en formulant cet admirable résumé, que "Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils Unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie éternelle"! (Jean 3. 16).
Magnifique vérité, toute simple et salutaire! Comment pourrait-on la dissimuler ou accepter qu'elle soit dissimulée?...


3. Rome et le rejet de la vérité de la justification par la foi

C'est un fait historique que, lors de la "bataille" doctrinale du XVIe siècle, nos Églises ont protesté la vérité évangélique, et que le papisme a examiné, rejeté et condamné cette vérité.
Voici quelques textes confessionnels, ou Symboliques, de la Réforme Protestante, antérieurs à l'an 1547:

Confession d'Augsbourg, article 4:
 Nous enseignons aussi que nous ne pouvons pas obtenir la rémission des péchés et la justice devant Dieu par notre propre mérite, par nos œuvres ou par nos satisfactions, mais que nous obtenons la rémission des péchés et que nous sommes justifiés devant Dieu par pure grâce, à cause de Jésus-Christ et par la foi, -- lorsque nous croyons que Christ a souffert pour nous, et que, grâce à lui, le pardon des péchés, la justice et la vie éternelle nous sont accordés.  Car Dieu veut que cette foi nous tienne lieu de justice devant lui, il veut nous l'imputer à justice, comme l'explique saint Paul aux chapitres 3 et 4 de l'Épître aux Romains. 

Confession Tetrapolitaine,  article 3:
Nos prédicateurs ont enseigné que toute cette justification doit être attribuée
 au bon plaisir de Dieu et au mérite du Christ et qu'elle doit être reçue 
uniquement par la foi.


Articles de Marbourg: 
Septièmement, qu'une telle foi est notre Justice devant 
Dieu, au regard de quoi Dieu nous reconnaît et regarde comme justes, pieux et 
saints, en dehors de toute œuvre et mérite et à travers laquelle il nous délivre du 
péché de la mort et de l'enfer nous reçoit par grâce et nous sauve, pour l'amour 
de son Fils en lequel nous croyons, et ainsi nous réjouissons et participons de la 
Justice de son Fils, de sa vie et de toutes ses bénédictions. [ainsi, toute vie 
monastique et tout vœux, lorsqu'on les regarde comme une aide pour le salut, 
sont condamnés].







A travers ces multiples exposés (il y en aurait d'autres: catéchismes de Luther, Articles de Smalkalde, Confession de Genève de 1536, etc.) on retrouve toujours une seule et même doctrine, caractéristique du Protestantisme: la doctrine de la Justification par la foi seule, en Christ seul.
Or, c'est précisément cette doctrine (et non des formulations jugées défaillantes) qui a été condamnée par Rome, au concile de Trente, lors de sa 6e session, du 13 janvier 1547:
 "Ce n'est pas sans la perte de nombreuses âmes et un grave détriment pour l'unité de l’Église que s'est répandue en notre temps une doctrine erronée concernant la justification".(Denzinger, 1520) 

Il y a donc ici, sur ce point capital de la foi, un contentieux historique et théologique très grave.
Au delà de sujets qui n'ont jamais été disputés (que l'homme est perdu en Adam, qu'il lui faut un sauveur, que ce sauveur est Christ, que la foi est nécessaire, que les croyants sincères pratiquent nécessairement les bonnes œuvres, etc.) reste une contradiction énorme entre Rome et l’Église chrétienne:
lorsque nous disons être justifiés au moyen de la foi (comme le fait le § 25 de la déclaration conjointe) cela est-il une sorte de synecdoque "parce que la foi est le commencement du Salut" et "le fondement de toute justification"
(cf concile de Trente, 6e session, chapitre 8 / Denzinger § 1532) ou cela est-il la totalité de notre justification, parce que "Dieu veut que cette foi nous tienne lieu de justice devant lui, il veut nous l'imputer à justice" (Confession d'Augsbourg -- supra)?

Les deux doctrines s'excluent et se condamnent mutuellement! Et nous savons que Rome est dans l'erreur.
Dans ce contexte, la seule question œcuménique pertinente et sincère est:
Rome va-t'elle se rétracter et rentrer dans le giron de l’Église (comme c'est son devoir de le faire!) en dénonçant les canons du concile de Trente, et en adoptant la Confession d'Augsbourg?


4. Réponse de la "déclaration conjointe":


 Le dialogue œcuménique est ainsi pensé que cette question fondamentale n'est... pas du tout posée!
Tout se passe comme si personne (et surtout pas la Rome auto-proclamée infaillible!) ne s'était jamais trompé! Ou (pour être plus exact) comme si personne n'avait l'intention d'admettre loyalement ses erreurs pour les rétracter.
Le long dialogue (auquel la "déclaration" renvoie sans cesse, d'autant qu'elle n'est pas une déclaration autonome cf. §§ 3 et 6) aboutit à énoncer une prétendue "compréhension commune" (mais non-exhaustive!) de la justification (§ 5).

Malgré un "dépassement des condamnations", le passé d'aucune des traditions ecclésiales n'est désavoué (§7)!
Et ainsi, est développé un long exposé, dans lequel deux doctrines contradictoires sont astucieusement formulées sous les mêmes phrases.



Prodigieuse œuvre diplomatique; chef-d’œuvre de rhétorique, sans doute. Mais pour la foi, cette déclaration est aussi inutile (et même nuisible) qu'elle est sophistiquée!
Car enfin, après avoir lu cette astucieuse déclaration, l'âme croyante reste sur sa faim. Elle ne peut s'empêcher de demander, avec la candeur qui la caractérise: faut-il donc conclure, avec le concile non-désavoué de Trente, que la foi est simplement le commencement de la Justification, ou  faut-il conclure, avec la confession non-désavouée d'Augsbourg, que toute notre justice consiste dans la foi?
Ou encore: le concile de Trente a-t-il raison d'affirmer que le "sacrement" de la confession est aussi nécessaire pour les péchés commis après le baptême, que le baptême ne l'est pour les péchés commis avant d'être devenu chrétien?
Ici, concrètement, pour et dans sa vie spirituelle, l'âme croyante demande laquelle des deux traditions ecclésiales il faut retenir -- et laquelle il faut rejeter. Mais la déclaration conjointe refuse de donner une réponse satisfaisante à cette question. Elle veut qu'un carré entre dans un cercle et que plus personne ne se soucie de cette vieille affaire!... du moins, pour l'instant.


Conclusion:

Loin de servir l'intérêt de la vérité, la déclaration conjointe l'obscurcit et la dissimule.  Ce faisant, elle est sacrilège et dangereuse pour les âmes.
Mais le danger ne s'arrête pas là.
Car, noyer le poisson (comme le fait très bien la déclaration) ne peut être qu'une étape dans la construction œcuménique. 
Une étape pour laisser croire que "500 ans de contentieux sont terminés".
Une étape pour que "ceux d'en face" baissent la garde.
Que les protestants ouvrent leurs bras, comme les Troyens ont ouvert leurs portes à leurs adversaires.

Mais, tôt ou tard, pour nourrir la foi (ou la contrefaçon de foi) des âmes, il faudra que quelqu'un repêche le poisson: que quelqu'un donne un commentaire autorisé de ce document. C'est que tout ce brave peuple, étourdi et intimidé par une si fine rhétorique, aura besoin d'un guide pour percevoir, entre les lignes du texte, ce que dit réellement et officiellement ce texte...
Qui finira par expliquer, au nom de tous, ce que veut dire ce document?
Sera-ce la CMER, pitoyable organisation née en 2010 (et inconnue même par la plupart des Réformés) qui nourrira les romanistes de sa compréhension?
Ne sera-ce pas plutôt Rome, dont la prétention à l'infaillibilité n'a d'égale que sa visibilité?... 

La déclaration conjointe n'apparaît alors que comme un outil de vassalisation des "protestants" (et, à plus long terme: leur absorption?): les membres de "communautés ecclésiales" (dixit Benoit XVI) sont priés d'admettre que plus rien ne les sépare fondamentalement de Rome (en tout cas, en ce qui concerne l'article capital de la Justification). Anesthésier les âmes et ouvrir la porte des "Églises": voilà pour le pouvoir de la CMER sur les âmes, à travers ses Églises membres. Mais le pouvoir de la CMER s'arrêtera là. La CMER ne fait et ne fera pas le poids face à Rome.
Rome qui n'a renoncé ni à son conciliabule de Trente, ni à ses Indulgences, ni à son catéchisme. Comme des grenouilles face à un serpent, nos braves petits "Réformés", désarmés par la CMER, apprennent à faire confiance aux membres de ce magistère qui a condamné la doctrine protestante et qui cueillera les naufragés des "grandes Églises historiques", après que celles-ci aient renoncé à proclamer un Évangile clair et sans concession.

Mais cette vassalisation (puis dilution) est-elle un accident?
Il pourrait sembler qu'elle résulte d'une volonté morbide et concertée, par les cadres de certaines "Églises" Réformées, de venir se prosterner devant celui qu'ils appellent déjà "leur pape".

Bucerian



lundi 17 juillet 2017

Présentation: nouvelle mouture

Raison des modifications apportées ce jour au document de la page de présentation:

I) L'intitulé du document

"Église Protestante Orthodoxe de France", corrigé en: "Églises Protestantes en France".

 Raisons:

a) L'ancienne version pouvait donner l'impression que notre but était de constituer une (énième) dénomination dans le protestantisme.
Le nouvel énoncé, ancré dans le sillage des anciennes "Églises Réformées en France", souligne au contraire que nous sommes, simplement (légitimement et exclusivement)... les protestants en France!

b) L'ancien titre pouvait ressembler ou bien à une redondance, ou bien à une concession: protestants et orthodoxes? Le protestantisme n'est-il pas intrinsèquement orthodoxe?
Ou y aurait-il des hérétiques et des apostats dignes d'être considérés comme des protestants?...

c) Enfin, l'ancienne version semblait trop ambiguë à certains, comme s'il était question d'un projet de fusion entre le protestantisme et le byzantinisme, généralement nommé "orthodoxie".




II) Le contenu:

Précision a été faite que la Foi de toujours est "célébrée dans les Sacrements" (le premier paragraphe de la nouvelle mouture).
Le but est simplement d'enrichir ce passage d'une expression analogue à celle de la Déclaration du XXXe synode des Églises Réformées, en 1872 (sur "les grands faits chrétiens représentés dans ses sacrements").

Sauf à une reprise (dernier paragraphe de la première partie), où il était question de souligner que toute l’Église partage la même foi, le mot "Église" est mis au pluriel dans le corps du texte. 
Le but est évidemment d'harmoniser le corps du texte avec le titre.

Bucerian

lundi 10 juillet 2017

L'UEPAL et le syncrétisme



Malheureusement, les 500 ans de la Réforme sont l'occasion, pour certains, de se comporter comme des conservateurs de musées plutôt que comme des pasteurs chrétiens. C'est ainsi qu'on expose, un peu partout, des collections sur "Luther", les "95 thèses", le "Protestantisme" et l'impact de tout cela sur le monde (dans le domaine de la philosophie, de l'économie, du droit, etc.) comme si plus personne ne se souvenait que le Protestantisme, c'est d'abord la réaffirmation de l'autorité de la Parole de Dieu, l'appel à la repentance et surtout à la foi, foi dans le Dieu qui montre son visage en Christ -- et qui n'est connu en nul autre!

Fixant le doigt "Luther" plutôt que le Soleil de Justice vers lequel pointait ce doigt, l'UEPAL (Union des Églises Protestantes d'Alsace et de Lorraine) a ainsi décidé de publier, le mois dernier, une déclaration en 10 points, intitulée: "Luther, les Juifs et nous aujourd'hui".
Triste titre, où une position ecclésiale est triangulée sans même faire mention de Jésus-Christ!

Toujours est-il que le site de la dénomination présente le document comme une simple "condamnation des écrits anti-judaïques de Luther"
Est-ce bien le cas?
Bien qu'ils omettent malheureusement de souligner que Luther ne fut qu'un docteur parmi tous ceux de l’Église chrétienne (Église dont le fondement est et reste Jésus-Christ, le seul Seigneur et le seul Sauveur des hommes: des Juifs, d'abord, et aussi des Gentils!) les six premiers paragraphes du texte inciteraient à répondre positivement à cette question.
Seulement voilà: la déclaration est composée de dix, et non de six paragraphes.
Or, la lecture des quatre derniers points (pleins d'assertions lourdes de conséquences théologiques), m'amène à remettre cette intention en question.


PARAGRAPHE 7:

A) Ce paragraphe affirme que Protestants et Juifs partagent la même foi dans le Dieu unique d'Abraham...
Notez bien: non pas simplement "une croyance" portant ''sur'' "un" Dieu unique... Non. "La même foi", "dans le Dieu unique...". 
Manifestement, le "regard différent porté sur Jésus" (pudiquement évoqué dans ce paragraphe) ne semble pas beaucoup impacter la foi des uns et des autres...

Rappelons pourtant que la foi transmise aux saints une fois pour toutes, c'est  "tout ce qui est promis dans l’Évangile et que les articles de la Foi universelle et indubitable des chrétiens expriment en abrégé dans le Symbole apostolique" (Catéchisme de Heidelberg, 7e dimanche).
Quant à la foi au sens subjectif (l'adhésion), il s'agit, selon le même catéchisme, non seulement d'une connaissance certaine par laquelle je tiens pour vrai tout ce que Dieu nous a révélé par sa Parole (l'Ancien ET le Nouveau Testament, NDLR); mais aussi d'une confiance du cœur que l’Esprit Saint produit en moi par l’Évangile et qui m’assure que ce n’est pas seulement aux autres, mais aussi à moi que Dieu accorde la rémission des péchés, la justice et le bonheur éternels, et cela par pure grâce et par le seul mérite de Jésus-Christ.

En quel sens Protestants et Juifs peuvent-ils donc partager la même foi dans le Dieu d'Abraham?
La Synagogue aurait-elle récemment reçu le Saint Évangile?
Les rabbins inculqueraient-ils maintenant le Symbole des Apôtres?...
Évidemment, la réponse est négative; et  par conséquent, l'assertion de l'UEPAL est fausse.


B)  Le paragraphe 7 se termine par l'affirmation qu'Israël est, aussi bien que l’Église, "peuple de Dieu" et que "cette élection demeure inchangée".
Soit que les auteurs de la déclaration ont fait du suivisme sans être sûrs de bien comprendre ce qu'avait voulu dire Jean Paul II (dont ils ont presque repris l'expression * ), soit qu'ils ne voulaient pas risquer de choquer d'éventuels observateurs chrétiens en expliquant leur pensée, le texte ne développe et pas ce point. Dans le contexte de la déclaration, toutefois, la phrase ne peut pas ne pas être retenue.


(*) Jean Paul II, à Mayence, le 17 novembre 1980, parlait du "peuple de Dieu de l'Ancienne Alliance, jamais révoquée par Dieu".

 



PARAGRAPHE 8:


A) Le paragraphe 8 annonce un vaste chantier de relecture de l'Ancien Testament, avec les changements doctrinaux et liturgiques nécessaires à l'accompagnement de cette révolution.
Nous sommes très loin, ici, d'une simple condamnation de la verve de l'homme Luther: l'UEPAL dégoupille une grenade contre la foi et la prière de l’Église et annonce des changements dont elle se garde bien de préciser les limites (mais y en a-t'il?)
L'UEPAL annonce de tels changements et personne ne proteste! Drôle de façon de célébrer le Protestantisme!

B)  Le même paragraphe affirme également que "l'interprétation judaïque" de l'Ancien Testament "peut être une aide pour en saisir toute la richesse"...
Notez bien: non pas la maîtrise de l’Hébreu, ni même la connaissance de cette culture... non: l'interprétation judaïque des textes! La compréhension, l'intelligence, la lumière qu'en ont les docteurs du Talmud: voilà ce qui aiderait à saisir toute la richesse de l'Ancien Testament!

Cette assertion (surtout dans le contexte de cette déclaration!), est peut-être l'affirmation la plus choquante du document.
Car bibliquement, traditionnellement, il est entendu que Moïse a écrit du Christ (Jean 5).
Que c'est Lui qui explique les Écritures et en ouvre le sens à ses disciples (Luc 24). 
Que c'est en Lui que le voile se lève, lorsqu'on fait la lecture de l'Ancien Testament (2 Corinthiens 3).
Luther demandait à Érasme de Rotterdam: Retire le Christ des Écritures, et que pourras-tu y trouver de plus? 
La réponse était (et demeure), bien évidemment: rien. 
Et pour cause: en lui se trouvent tous les trésors et toute la plénitude de la divinité! (Colossiens 2).
Si l'on croit cela (mais est-ce encore le cas dans l'UEPAL?) peut-on désespérer de trouver toute la richesse des livres de l'Ancien Testament dans le Nouveau?



PARAGRAPHE 10:

Dans la logique du paragraphe 7, ce dernier point affirme qu'avec les Juifs, les Protestants se savent appelés à témoigner de Dieu (et, surtout, de la dignité humaine!), si bien qu'ils veulent s'engager ensemble au sein de la société, dans l'attente (commune?) de nouveaux cieux et d'une nouvelle terre...
Même foi et vocation, même engagement et -- peut-être -- espérance eschatologique commune: Jésus-Christ semble donc bien optionnel, dans une vie de "foi" qui peut se nourrir des interprétations qui l'ignorent et le combattent!


Conclusion:

Sous couvert de corriger Luther, l'UEPAL cache et récuse les revendications légitimes de Notre Seigneur: Je Suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par Moi! (Jean 14.6)
Le témoignage apostolique n'est pas moins clair: quiconque nie le Fils n'a pas non plus le Père (1Jean 2: 23). 

Quel est le but de l'UEPAL?
En fait, la question dépasse largement l'UEPAL: comme l'a rappelé Christian Albecker, le président de la dénomination, la déclaration de son organisation a été précédée par celle, non moins hallucinante, de l'EKD, l’Église protestante d'Allemagne... et il semblerait que la sinistre Église Protestante Unie de France s'apprête à publier un texte sur le même sujet (à l'automne).
Plus largement encore, la dénomination romaine a ouvert la marche, non seulement dans ses textes du second concile Vatican (Nostra Aetate et Lumen Gentium) mais encore dans un document publié en décembre 2015, où l'évangélisation des Juifs était abandonnée...
Quel est donc le but poursuivi par ces institutions religieuses (et, au-delà, par l'esprit du siècle)?

Il semble évident que l'entreprise que nous observons est de nature théologico-politique (voir le § 10 sur l'engagement à œuvrer en commun pour un monde meilleur). L'idée est manifestement d'édifier une cité terrestre "bien" ordonnée (où l'on puisse dire: paix et sécurité!) et de laquelle il convient donc d'exclure toute idée d'intolérance théologique, jugée porteuse et responsable de l'intolérance politique:

"Il est impossible de vivre en paix (écrivait Rousseau) avec des gens que l'on croit damnés". Ainsi: "quiconque ose dire `hors de l’Église, point de Salut'" doit être chassé de l’État".
(Du Contrat Social, Livre IV, chapitre 8). 

Le Judaïsme (du fait de sa proximité évidente avec le Christianisme), n'est qu'une première étape dans cette construction syncrétiste: en parlant du Dieu unique d'Abraham (plutôt que de dire, avec la Bible: le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob...), l'UEPAL pense probablement à ses relations avec une autre religion "monothéiste", encline à se référer à Abraham, Ismaël et Mahomet, et qui a vocation à rejoindre leur ONG pseudo-abrahamique.

En définitive, le virage que prennent aujourd'hui les "grandes Églises" prépare un monde dans lequel toute l'exclusivité réclamée par le Christ sera, au moins en pratique, ignorée, niée et regardée comme le vestige d'un monde cruel, qu'entretiennent seulement quelques factieux en mal de Croisades et d'exactions. Des factieux que l'on serait peut-être en droit de chasser de l’État...

Faut-il rappeler que l'exclusivité revendiquée par le Seigneur a valu à ses hérauts toutes les persécutions de ce monde (Actes 17. 6 / 24. 5; 1Rois 18. 17, Matthieu 24.9)?...
Faut-il rappeler aussi que l'on dira faussement toutes sortes de mal contre nous, à cause du saint Nom de Jésus (Matthieu 5. 11-12)? 


Bucerian

mardi 27 juin 2017

Annotations sur le Credo # 27


"Il crée la vie"


Les hommes investissent des efforts considérables dans le but de découvrir l'origine de la vie.
Dans une perspective matérialiste et naturaliste, il faudrait que soit possible un passage de la matière inerte à un organisme (vivant)  au moyen d'un rocambolesque concours de circonstances. Ce schéma nous ferait presque penser aux procédés du professeur Frankenstein pour éveiller sa créature -- à la différence que Frankenstein poursuivait consciemment un but, chose que les naturalistes nient pour le réel: selon les articles de leur religion (qu'ils se plaignent de ne pas pouvoir imposer à tous les enfants), tout ne serait que le fruit du hasard.





Or nous sommes chrétiens et nous ne croyons pas à cette grotesque histoire de génération spontanée - pas plus que nous ne croyons qu'une fois la vie apparue, un crapaud aurait pu être transformé en prince charmant, par la baguette de la fée Hasard.
Et une fois de plus, le Credo nous donne l'occasion d'affirmer le dogme de la Création opérée par Dieu notre Père, qui, par sa Parole et avec son Esprit, a créé jusqu'à la plus petite particule de matière, à partir de rien (ex nihilo) et qui a aussi donné la vie à des créatures végétales, animales et rationnelles. 
Magnifique et émouvante vérité que l'on s'acharne à nier dans le but manifeste de produire des consommateurs dociles et inconscients de leur dimension spirituelle.

Néanmoins, il y a un sens plus profond, dans lequel nous disons que l'Esprit saint donne, ou crée, la vie.
C'est, évidemment, au sens spirituel et salutaire.
Car c'est l'Esprit saint qui, par sa toute puissance, suscite la foi au cœur de certains hommes (Actes 16. 14), afin de les unir à Jésus-Christ et de leur appliquer les mérites de sa Passion, d'en faire de nouvelles créatures et des enfants de Dieu (Jean 1. 12), pour persévérer, infailliblement, jusqu'à l'heure de leur mort.
Dire que l'Esprit nous donne la vie présuppose que les hommes [en raison de la chute d'Adam, qui fut notre souche naturelle autant que notre chef légitime] sont corrompus et spirituellement morts, dès le sein maternel (Éphésiens 2. 1).
Triste constat sur la nature humaine, qui s'est abîmée dans sa révolte contre Dieu! C'est un constat qui nous amène aussi à désespérer de nous-mêmes et à n'avoir notre assurance que dans l'Esprit saint, qui nous applique gratuitement le Salut, par pure grâce.

Conformément aux Écritures, l’Église chrétienne confesse que Dieu sauve; il sauve entièrement; il est l'auteur du Salut, de A à Z. Il ne donne pas une chance d'avoir la foi ou d'y rester, mais il donne la foi et la persévérance finale (Philippiens 1. 29) .
Ainsi, le chrétien doit savoir et reconnaître, pour droitement adorer Dieu et pour posséder une ferme assurance, que tout son Salut ne repose que sur la grâce de Dieu (sola gratia!), sur sa miséricorde et sur sa puissance invincibles (cf. Romains 8. 38-39).


Objection et réponse


Contre cette magnifique vérité biblique (qui anéantit toute fierté humaine et glorifie Dieu) des hommes, tout au long de l'histoire, ont émis des objections:
Pélage, Erasme, Arminius, Molina, Wesley... tous ont suivi l'opinion selon laquelle, si Dieu ne sauve pas efficacement tous les hommes, c'est parce que sa grâce efficace -- ou irrésistible -- n'existe pas.
Qu'il serait injuste, de la part de Dieu, de choisir de sauver effectivement certains hommes (ses élus) et de refuser cette même grâce aux autres, pour les abandonner au pouvoir de leur péché, les endurcir et les voir perdus éternellement (Romains 9).
Toutes ces objections indiquent que ceux qui les font se fondent sur le magistère de leur raison (une raison limitée et corrompue par le mal!)
Quant à nous, notre raison n'est pas notre Dieu.
Nous croyons (avons confiance) en Dieu, et pour lui rester fidèles, il convient que nous nous souvenions des trois lumières (rappelées par Luther), et des enseignements qui en découlent: 

A la lumière de la nature, écrit Luther, c'est un point insoluble qu'il soit juste que l'homme bon soit affligé et que le méchant se porte bien. Mais ce point est résolu par la lumière de la grâce.
A la lumière de la grâce, c'est un point insoluble que Dieu damne celui qui, par ses propres forces, ne peut faire autrement que pécher et être coupable. Ici, aussi bien la lumière de la nature que la lumière de la grâce énoncent que la faute incombe non à l'homme misérable mais au Dieu injuste; car elles ne peuvent porter un autre jugement sur Dieu, qui couronne gratuitement, sans mérites, un homme impie, et ne couronne pas mais damne un autre homme, qui est peut-être moins, en tout cas pas plus, impie.
Mais la lumière de la gloire énonce autre chose -- et Dieu, dont le jugement relève maintenant de son incompréhensible justice, elle nous le montrera alors comme relevant d'une justice très juste et très manifeste, pourvu simplement qu'en attendant nous croyions à cela, avertis et affermis par l'exemple que donne la lumière de la grâce, qui accomplit un miracle semblable à l'égard de la lumière naturelle.
(Luther, Traité du Serf arbitre, Partie III, Gallimard, 2001).


Bucerian


vendredi 16 juin 2017

En amour, on ne compte pas



Voilà un sujet qui fera certainement l'objet de vives discussions dans les synodes des pseudo-églises (libérales), au cours des prochaines années. Il est même tout à fait probable que certains membres de ces clubs iront jusqu'à attester leur réserves, ou plutôt leur tiédeur, à l'égard de cette évolution des mœurs...

Comme prévu, nous assistons en effet à la montée de revendications "polyamoureuses"  et leur application: l'union à trois

 Les trois Colombiens vivent ensemble depuis un bout de temps et viennent de faire officiellement reconnaître leur union auprès d'un notaire à Medellín.

Après tout, une fois posé le principe selon lequel l'amour (sexuel) n'a pas de sexe (!), comment soutenir qu'il aurait quelque chose à voir avec les chiffres?...


 Bucerian