vendredi 3 décembre 2010

LA CONCORDE DE WITTENBERG, ou formule de Concorde de 1536



Nous avions déjà édité sur notre blog les articles de Marbourg par lesquels les Protestants de tous horizons s'étaient entendus sur l'ensemble des articles de foi (les 14 premiers articles), excepté la présence réelle dans la Cène (2e partie de l'article 15).

Après la mort brutale de U. Zwingli et J. Oecolampade en 1531, et les efforts de dialogue de M. Bucer --et surtout: grâce à Dieu!--, non seulement les suisses firent des progrès significatifs dans leur Confession Helvétique de 1536 (que Luther salua après que Bucer lui ait fait lire), mais encore, l'ensemble du Protestantisme exprima son unité dans la Concorde de Wittenberg, la même année (80% des Protestants se trouvaient ainsi unis derrière la Confession d'Augsbourg, selon P. Chaunu, dans le temps des Réformes).

La Concorde de 1536 est composée de trois petits articles, concernant l'eucharistie, le baptême et la confession. C'est toutefois le premier de ces trois articles qui est considéré comme fondamental (sur le reste, les Réformateurs n'ayant fait que réaffirmer les positions communes déjà anciennes, ainsi qu'en témoigne Marbourg).


Cette Formule de Concorde nous parait fondamentale pour permettre au Protestantisme évangélique de s'épanouir et de s'affirmer, à la fois face aux sectes radicales et face au papisme, ainsi que le notait Martin Luther, dans une lettre au Duc Albert de Prusse (le 6 mai 1538):



"Les Suisses, qui jusqu'à présent n'étaient pas d'accord avec nous sur la question du Saint-Sacrement, sont en bon chemin; Dieu veuille ne pas nous abandonner! Bâle, Strasbourg, Augsbourg, Berne et plusieurs autres villes se sont rangées de notre côté. Nous les recevons comme frères, et nous espérons que Dieu finira le scandale, non pas à cause de nous, car nous ne l'avons pas mérité, mais pour glorifier son nom et faire dépit à cet abominable pape. La nouvelle a beaucoup effrayé ceux de Rome. Ils sont dans la terreur et n'osent assembler un concile."
(source: Mémoires de Martin Luther écrits par lui-même, traduits et mis en ordre par Jules Michelet ; MERCURE DE FRANCE, page 356)




C'est donc le texte de cette Formule de Concorde sur le Sacrement -- Concorde souvent invoquée sur notre site -- que nous vous proposons à présent:



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FORMULE DE CONCORDE ENTRE LES DOCTEURS DE WITTENBERG ET LES DOCTEURS DES ETATS DE L'EMPIRE DE HAUTE ALLEMAGNE,  CONCERNANT LA PRESENCE DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST DANS LA CENE DU SEIGNEUR, ECRIT A LA DEMANDE DES DEUX PARTIES PAR PH. MELANCHTHON, EN L'ANNEE DU CHRIST 1536.


Nous avons entendu M. Bucer expliquer, de la manière suivante, son opinion (qui est aussi celle des autres théologiens venus avec lui) concernant le sacrement du corps et du sang du Christ:


I

Ils confessent, conformément aux paroles de st Irénée *, que l'Eucharistie consiste en deux choses: l'une terrestre et l'autre céleste.
Ils affirment et enseignent, donc, que, avec le pain et le vin, le corps et le sang du Christ sont réellement et substantiellement présents, offerts et reçus.


II

Et quoiqu'ils nient la transsubstantiation, et ne croient pas qu'il y ait une inclusion locale dans le pain, ou une connexion quelconque en dehors de l'usage du sacrement, ils concèdent cependant  que, par l'union sacramentelle , le pain est le corps du Christ; c'est-à-dire qu'ils soutiennent que, lorsque le pain est présenté, le corps du Christ est en même temps présent et réellement offert.
Mais en dehors de l'usage, lorsque le pain est placé dans le ciboire ou promené en processions --comme cela se fait dans le papisme-- ils croient que le corps du Christ n'est pas présent.


III

Ainsi, de même, ils affirment que cette institution du sacrement est efficace dans l’Église, et ne repose ni sur la dignité du ministre, ni sur celle du communiant.
Ainsi que le dit l'apôtre Paul, l'indigne mange aussi, de sorte qu'ils soutiennent que le corps et le sang du Seigneur sont vraiment offerts aussi aux indignes et que les indignes les reçoivent, du moment où les paroles de l'institution sont retenues conformément à l'institution du sacrement.
Seulement, ceux-ci mangent pour le jugement, ainsi que le dit Paul, car ils abusent du sacrement du fait qu'ils le prennent sans repentance ni foi.
En effet ce sacrement a été institué dans le but de témoigner que les bénéfices du Christ sont appliqués à ceux qui se repentent et recherchent leur réconfort par la foi en Christ, lesquels deviennent les membres du Christ et sont lavés par son sang.

Puisque, cependant, seuls quelques uns d'entre nous se sont rencontrés et qu'il est nécessaire que, des deux côtés, nous demandions leur avis aux autres prédicateurs et responsables, nous ne nous permettons pas de conclure l'union avant d'en avoir référé à nos collègues.
Néanmoins, puisque tous déclarent vouloir maintenir et enseigner chaque article (de la religion) d'une façon conforme à la Confession et Apologie des Princes professant l’Évangile, nous sommes très désireux de voir cette union sanctionnée et établie.
Et nous avons l'espoir que si le reste, des deux côtés,  tombe d'accord avec nous, il y aura une minutieuse unité.



Signé par:
Dr WOLFGANG CAPITO, ministre de l'Eglise de Strasbourg.
M. MARTIN BUCER, ministre de l'Eglise de Starsbourg.
Lic. MARTIN FETCH, ministre de la Parole de l'Eglise de Ulm.
Lic. JACOBUS OTHER, ministre de l'Eglise à Eslingen.
M. BONIFACE LYCOSTHENES [WOLFHARDT], ministre de la Parole de l'Eglise d'Augsbourg.
WOLFGANG MUSCULUS, ministre de la Parole à l'Eglise d'Augsbourg.
M. GERVASIUS SCHOLASTICUS, pasteur de l'Eglise de Memingen.
M. JEAN BERNHARDI, ministre de l'Eglise de Francfort.
MARTIN GERMANI, ministre de l'Eglise de Fürfeldt.
M. MATTHIEU AULBERT, pasteur de l'Eglise de Reutlingen.
JEAN SEBRADINUS, diacre de  Reutlingen.
MARTIN LUTHER, docteur de Wittenberg.
Dr. JUSTUS JONAS.
Dr. CASPAR CRUCIGER.
Dr. JEAN BUGENHAGEN, Pomeranus.
PHILIPPE MELANCHTHON.
JUSTUS MENIUS, de Eisenach.
FREDERICK MYCONIUS, de Gotha.
Dr. URBAN REGIUS, surintendant des Eglises du duché de Lunebourg.
GEORGE SPALATIN, pasteur de l'Eglise à Altenbourg.
DIONYSIUS MELANDER, ministre de l'Eglise à Cassel, et beaucoup d'autres.

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J'ai lu, et lu et encore relu la Confession et Apologie présentée à Augsbourg par le très illustre Prince, l'Electeur de Saxe ainsi que par les autres princes et Etats de l'Empire Romain à Sa Majesté Impériale.
J'ai lu également la Formule de Concorde concernant le Sacrement, faite à Wittenberg avec le Dr. Bucer et les autres. J'ai également lu les articles écrits à l'Assemblée de Smalkalde en langue germanique par le Dr. Martin Luther, notre plus révéré précepteur, ainsi que le traité concernant la papauté et le pouvoir et la juridiction des évêques.
Et, à mon humble avis, je juge que tous ces textes sont en accord avec la sainte Ecriture, ainsi qu'avec la foi de la véritable Eglise Catholique.
 Mais bien que je reconnaisse que je suis certainement le plus petit parmi toute la multitude d'homme si instruits qui sont à présent réunis à Smalkalde, comme il m'est impossible d'attendre la fin de l'assemblée, je vous demande, à vous, Dr. Jean Bugenhagen, qui êtes l'homme le plus renommé et le père le plus révéré en Christ, que vous ajoutiez mon nom, si nécessaire, à tout e que j'ai mentionné ci-dessus.
Car je témoigne de ma propre signature que c'est cela que je soutiens, confesse et que je veux constamment enseigner, par Jésus-Christ, Notre Seigneur.

JEAN BRENTZ, Ministre de Hall.
Fait à Smalkalde,
23 février 1537.

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Quant à JEAN CALVIN, il affirmait dans une lettre qu'il n'entendait pas troubler la Concorde de Wittenberg, mais l'affermir au contraire (Herminjard, correspondance, tome VI, page 132, ss: Exemplar excusasionis quae praefationi inseretur).
De même, Wendel et Emile G. Léonard s'accordent à affirmer que le réformateur de Genève a signé la Concorde lors de son séjour à Starsbourg (F. Wendel: Calvin, source et évolution de sa pensée religieuse, page 101; Emile G. Léonard: Histoire générale du Protestantisme, Tome 1).

GUY DE BRES, auteur de la Confession des Pays-Bas, adhéra également à la concorde et en fit l'apologie devant le Synode d'Anvers, en 1565 (Émile G. Léonard, Histoire Générale du Protestantisme, tome 2, page 76).

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LIEN: SUITE ET FIN DES ARTICLES DE LA CONCORDE

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NOTE:

* ; St Irénée de Lyon, contre les hérésies, IV:
Pour nous, notre façon de penser s'accorde avec l'eucharistie, et l'eucharistie en retour confirme notre façon de penser. Car nous lui offrons ce qui est sien, proclamant d'une façon harmonieuse la communion et l'union de la chair et de l'Esprit : car de même que le pain qui vient de la terre, après avoir reçu l'invocation de Dieu, n'est plus du pain ordinaire, mais eucharistie, constituée de deux choses, l'une terrestre et l'autre céleste, de même nos corps qui participent à l'eucharistie ne sont plus corruptibles, puisqu'ils ont l'espérance de la résurrection.





Source: texte anglais dans:

Henry Jacob
United Lutheran
Publication House
Philadelphia 1882

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Athanasius & Bucer